Plat de la main qui condamne
Sans sourciller
La vie tremble
Ton monde meurt
Et tu es plus petit qu’un enfant
Plus rien qu’une ombre
La mort que tu portais en toi
S'ouvre, se répand
Dans le noir
Tu vois maintenant des nuances
Rien ne meurt
Sans se déployer
En éventail
Le souffle porte en lui
Son manque d'oxygène.
Ta peur, palpable et sonore
Fait trembler ton être
Tu vacilles comme l'immeuble
Dans un séisme
Tu tombes comme la feuille
D'un arbre secoué
Inéluctablement ta mort s'étend
Que ce soit en seconde, en minute
Parfois en heure, en jour ou en mois
Il y a cet effondrement
Cet effroi
Et sur le tissu se referment tes doigts courbes
Tu meurs
Non sans vivre cette mort
Tu goûtes à l'odeur du pourrissement
À l'impact de la balle
Tu es réfractaire ou résistant
Tu es soumis au vent
Tu n'es bientôt plus rien,
Que cette mort qui t'enveloppe et te contient.
La vie, frêle lueur, n'a plus de couleurs
Et pourtant, puissante
Elle anime ton sursaut
Muscle ta défaite
Arrondit tes angles
Tout
Pourrait passer de justesse
Tout
Pourrait tenir le déséquilibre
Mais en elle
La vie se sait mortelle
Chaque pas est un aveu
Chaque poème
Une goutte qui déborde
L'écharpe que tu traînes trace ton chemin
S’imbibant du poussiéreux présent
S'alourdissant de regrets avariés.
Quand tout ignore tout
Tu ne vis pas plus
Tu vis moins
La conscience te fait percevoir les nuances
La vie se démène
Pour danser sans à-coups avec la mort.
Cette danse-là
Tu voudrais en capter la beauté
Aussi affreuse soit-elle
Il y a dans tout danger
Une ligne de fuite
Un geste machinal
Toute une vie qui cliquette sous la tempête
La beauté que la mort fait
En claquant des dents
Est une écharpe lourde
Que tu traînes à même le sol
Il ne s'agit pas de te retenir
D'exulter la poussière d'étoiles en toi
Il s'agit de comprendre les vases communicants
Dialoguant ensemble
L'échange fluide de leur conversion
Quand la vie se transforme en noir profond