Incroyable
Ce que la vie est double
Ce qui, d'un rien l'abîme
Cette profonde enclume
Qui ne te quitte plus

Incroyable
Ce qu'il te faut déployer en toi
Pour creuser le tombeau
Sans y perdre la joie
L'innocence irraisonnée
Que cette eau trop claire
Cherche à te cacher
Ce fond grouillant
Dans le noir, la poussière 

Incroyable
Cet amour qui se dresse
Devant le danger
Comment en plein désarroi
Tu le sens t'empoigner 

Incroyable
Sa force dans le combat
Sa tendresse tigresse
Qui défend la vie
Ton incisive faim
Malgré la souffrance
De tes mouvements

Incroyable
Ce chagrin qui s'écume
Cette tristesse comme un filet
Traîné derrière toi
Qui s'embrouille à chacun de tes pas

Incroyant
Tu en deviendrais presque aveugle
Sourd aux lumières
Aux murmures du vent
Tu te coucherais bien sous la meule
Sans y voir un destin
Sans y sentir notre parfum

Croyant
Tu aspires chaque goutte
Chaque grain
Le collier et le pain
Malgré la douleur
Tes doutes font un chemin 

Croix
Tu as compris
Il n'y a pas de question
De lignes dans tes mains
Seulement une lumière
À tenir, à veiller
À nourrir d'histoires et de liens

Seulement une lumière
Toi et moi
Nous le savons bien

Un lac reflétant
Le blanc du ciel
 
Encerclée
La page
Creuse et liquide
Glisse
À l'horizontal 
 
À la recherche d'un fond
J'enfonce mon être
Pénétrant des eaux opaques
Et sablonneuses
 
Une vase argileuse
Que je voudrais modeler
M'apprend
Le goût
De sa consistance
Je comprends
Du toucher
Son langage
 
Mon obstination est limon
La vase insondable
Au milieu de l'abîme
Fait de mon désir
Un enfouissement 
 
Ma barque survole
Un brouillon d'ailes
Troublés, des nuages
En vagues silencieuses
Ouvrent mon passage
 
À la surface
Je me laisse traverser
Sans rien à retenir
Ni empreinte à dessiner 
 
Une peau lourde
Que je voudrais revêtir
Se devine
Je touche le son
De son étendue
Je comprends à l'œil
Sa mélodie
 
Ma légèreté est élévation
Mon éphémère sillage
À travers la matière
Fait de ma vie
Une calligraphie

 

Embrouillonnée

Qu'il se déploie
Dans ton ciel
En toile épaisse
ou qu'il perfore
Ton sol
De galeries

Ton doute
Masque le réel
Déforme ton monde
Vrillant
Sa verticalité

Avec lui
Des filaments laiteux
De questions t'emmêlent
Et raccourcissent
Chacun de tes pas

Dans une brume lourde
Peu à peu
Tu cèdes
À ce regard intérieur
Qui fait mentir
Tes portraits pendus

Calcifiée

Tu perds ta souplesse
Et l'agilité
De ton armature osseuse
Tu craques
De toutes parts

Quand se pointe
À l'improviste
Une mort
Que tu pensais lointaine
Ou apprivoisée
Voilà que tu perds les eaux
Dans lesquelles tu nageais
Amplement

Qu'il te regarde ou t'ignore
Le visage du disparu
Te parle
Mieux qu'une horloge
À ses heures perdues
Mieux qu'un homme
Pendentif à ton cou

Ton doute
Par la peur qu'il t'inspire
Tient en tenaille
Chacune
De tes extrémités
Et te rend impressionnable
À l'encre noire des seiches

Tu écriras de cette fureur là
De ce que le doute
Aura terni ou révélé en toi

Embrouillonne toi encore
Ta vie est recroquevillée
Dans chaque boule de papier
Que ton poing a formé

Calcifie toi encore
Ton désir s'est ensemencé
Dans chaque aveu
Que tu as eu tort de croire
Préservé

Du doute


Un oiseau se pose
Après un long voyage
Riche de son vécu
Des paysages
Qu'il a traversé,
Qu'il a connu
 
Avant la pluie
Un oiseau dépose
Au creux d'un nid
Un peu de son naufrage
Ce qui l'a blessé
Ce qu'il a fui
Des visages aimés
Qui restent ses amis
Un peu des couleurs
De son plumage
Aussi
 
Dans une rose, l'oiseau
Fatigué, s'est endormi
Rêvant d'une trêve
D'une accalmie
Un peu de tendresse
Les bras du temps
Ce qu'il lui faut de soin
Ce qu'il lui faut de mots
Un rivage
 
S'arrimant à l'amour
Un oiseau ose
L'espoir, le dernier saut
Pouvoir replier ses ailes
Qu'on le transporte
À son tour
Retrouver les merveilles
D'une ronde tanière
Reposer son cri
 
Devenir un oiseau sage
Chanter
Libre et paisible
En oiseau sauvage

 

Tu ignores ton reflet
Dans celui que tu consoles
Que tu penses aider
Au secours de qui tu voles
 
Tu dis le pauvre quand même
Sans reconnaître ta pauvreté
Oubliant qu'en toi il sème
La beauté de son âme blessée 
 
Pourtant c'est votre commune essence
Et cette distance à laquelle tu tiens
Qui fait de l'amour cette évidence
La fraternité en nous est un chemin
Ouvre ta main
Demain est un défi
Vertical

Ce qu'il faudra
d'humain
Pour tenir
Ensemble
Bancals
Ouvre ta porte
L'heure est un croisement
Connu

Ce qu'il faudra
De tendresse
Pour serrer
L'espérance
Nue

Ouvre ton cœur
L'océan est un ciel
Puissant

Ce qu'il faudra
De sagesse
Pour traverser
La folie
Vivants

Ma main
Dans la tienne
Nos corps
Indissociables
Forment
Les bords
Du Chemin

La violence
Perfore
Le monde

J'entends
Un poumon
Qui siffle 

Tout est devenu
Trop fort ou
Pas assez
Bien dit

Le fil ténu
Des courants
d'air
Éternue
En vents
Contraires
Je suis perdue

Je ne suis plus
Qu'une feuille vaillante
Reconnaissant l'automne
Et le repos de l'arbre
Qui me portait aux nues

Ma liberté est un papillon poudré
Des yeux qui se transportent
Mes rêves sont des sommes
De nuages fleuris

Je ne suis plus
Qu'une feuille vaillante
Reconnaissant sa chute
Au sol
Et dans l'ultime lutte
L'envol
De ma plume vacillante

Au soleil
L'inutile
La poésie
M'ont bâti
Creusant
Dans ma vie
De peu de sommeil
Un abri

Je regarderai
Démunie
Ce qui sera détruit
et qui sera c'est ainsi
Au printemps
Hurlant
Nouveau né
Frappé
D'amnésie 

En attendant
Je garderai l'inutilité
Je garderai la liberté
En poche
En retenue
Dans mes yeux volants
Qui ne mentiront pas
Je continuerai à croire
Aux ponts
Aux rires
Et aux longues pelures
De pommes
Défilant
Dans ta gorge nue

Et quand je serai
Moi même
écorcée
De mon désir
Quand je ne serai plus
Mes mots resteront là
Pour dire
L'inutile
La poésie
La liberté
L'amour
En fruit
Toi toujours tu voudrais croire
Ce monde que tu vis par le cœur
Force est pourtant de percevoir
Qu'il y a des jardins sans fleurs

Faut-il sortir te battre et débattre
Faire entendre ta raison d'être ?
Ou faut-il garder le feu dans l'âtre
Le veiller de ta joie champêtre ?

Se préparer à une chevauchée
Ta colère en étendard ?
Ou de tendresse tout épouser
Tout écouter, tout voir ?

Chacun fait selon sa gamme
Et l'univers joue sa partition
Le chant émouvant des âmes
Vibre du chaos jusqu'à l'unisson

Tout ce que l'on fige
En voulant le définir
Tout ce que l'on vide
En mots à remplir


Ça sert à quoi, dis-le moi ?


Alors qu'il s'agissait de la vie
Dans sa complexité ineffable
Alors qu'il s'agissait d'un merci
Tu as voulu tout poser sur la table 


Pourquoi ?


Tout ce que tu veux retenir
Rouages qui ne sont plus
Le sable a su le recouvrir
Aimés, nous avons vécu


Rien à trouver au fond de tes poches
Le butin reste la carte du mystère
Dans nos mains rien ne s'accroche
Lève les yeux, rêve et espère 


C'est ce qu'on lâche
En aimant aimer
C'est ce qu'on cache
En mots à donner


Qui serre entre nos bras
Ne le vois-tu pas ?

Regarder le ciel grand ouvert
Où pas une seule couche
Aucun sympathique nuage
Ne dit le malaise
Avoir pourtant en travers
De la gorge et en bouche
Le goût métallique de l'orage
Une odeur de braise

Croire pourtant
En nous
Même sans 

Près de toi
Être soir
Tenir droit

Sur le fil ténu
Danser
Nos corps nus

Et peser sur la terre de toutes nos merveilles