Catapulte
Ta vie s'élance
Bien plus vite que tu ne l'aurais voulu
Ton esprit concentré est comme retenu
Pierre d'enfance
Tu exultes
 
Arc-bouté
Tu aimes surtout tes doutes
Ceux qui ralentissent ton brouhaha
Ceux qui porteront au loin ta voix
Ton corps en soute
Ramassé 
 
Élastique
En toi cette tendresse
Ta colère qui en devient foi, puissance
Tu retrouves dans l'amour, l'innocence
Écho à ta délicatesse
Ta musique 
 
Tu te lances vers l'horizon bleu
Tes mains loin de tes yeux
Visant le plus beau paysage
Tu touches l'âme de ton ouvrage
 
Catapulte et arc-bouté
D'un élastique tu lances
Ta pierre
À l'édifice apportée
Pour ta naissance

Te pointe une aiguille
Te lance d'une vive douleur
Te pousse à la vie
Te retourne sans peur

Tes bouées ont la forme de bras
L'océan s'est glissé et bat en toi

Te calme de mains amies
Te remonte le fil patiemment
Te déloge à coups d'ici
T'apaise rien qu'en nommant

Tu explores ce chemin inattendu
L'amour te guérit par son absolu 

Te prend le morceau douloureux
Te le caresse d'un regard tendre
T'ouvre la cage où il te pleut
Te cautérise, souffle les cendres

Remercie cette douleur enseignante
Ce phare qui t'éclaire sans attente

Telle une fleur majestueuse qui plie
Entre ciel trop bas et horizon fiévreux
Ses pétales rouges te sont poésie
Le don est en elle floraison de feux

 

 

 
Il y a comme un appel
Du fond
De ce creux là
Au fond de toi
Quelque chose qui parle
Qui voudrait modeler ton réel
À son image
À son besoin
C'est un appel de fond
Qui te vient de l'enfance
De cette urgence à être
Avec cette conscience
D'être trop petit
Impuissant à agir
Un appel au fond
Qui réclame l'écho de son cri
Pour retrouver à la surface
Un peu de sa consistance
L'impression d'être dans ce monde
Une pièce avec un nom
Un appel d'un fond au fond de toi
Une façon d'être, de faire et de dire
Qui porte ton nom
Et le relief de ton histoire
Qui porte ta palette
Ta composition
Un appel du plus profond
Qui voudrait creuser dans le monde
Une entaille
Un sillon
Quelque chose qui dirait
Autre chose que l'apparence
Que ce qui paraît action
Autre chose que la puissance
L'évidence ou le parfum du commun
Un appel qui ferait réagir
Qui serait étonnement
Ou question
Un appel du fond du fond
Pour dire ton profond
Le profond
Le profondément vivant
De ce que tu vis
Au fond
 

 
Ta langue déforme patiemment
Le tapis de ton existence
Créé cette ondulation du temps
Cette invisible espérance 

Ton piédestal pris dedans
Ta langue te couche illisible
Toi qui te pensais savant
Te voici incompréhensible 

Accepte qu'il y a là matière à rire
Et qu'autour chacun fait semblant
Puisqu'il nous faut bien aimer et mourir
Nos langues retiennent nos élans 

Posées sur le tapis, elles déroulent
Des mots qui t'élèvent sans un bruit
Des noms à ton visage dans la foule
Et dedans ton âme à l'infini 
 
 
 

Entrebaillés
Tes yeux perçants
A travers le volet
Regardant tout de loin
Ton coeur
Plié
Sur lui-même 
 
Entrebaillée
Une fente
Que tu maintiens
Serrée
Ta douleur
Ta joie
Ton secret
 
Entrebaillé
Tu restes immobile
De la mort enveloppé
Quand la vie est une mue
Tu te voudrais insensible
Et en ouverture mesurée
Quand l'amour est une crue
Qui voudrait t'emporter 
 
Entre
Cesse de bailler
Tu es si fatigué
De n'avoir pas commencé
Entre
Cours et cours
Vaille que vaille
La vie à tes pieds
Deux paires d'ailes
De la mort parée 
 
Libre
Tu peux
Maintenant
Sans détour
De ta vie à la vie
Entre-voler
 

Incroyable
Ce que la vie est double
Ce qui, d'un rien l'abîme
Cette profonde enclume
Qui ne te quitte plus

Incroyable
Ce qu'il te faut déployer en toi
Pour creuser le tombeau
Sans y perdre la joie
L'innocence irraisonnée
Que cette eau trop claire
Cherche à te cacher
Ce fond grouillant
Dans le noir, la poussière 

Incroyable
Cet amour qui se dresse
Devant le danger
Comment en plein désarroi
Tu le sens t'empoigner 

Incroyable
Sa force dans le combat
Sa tendresse tigresse
Qui défend la vie
Ton incisive faim
Malgré la souffrance
De tes mouvements

Incroyable
Ce chagrin qui s'écume
Cette tristesse comme un filet
Traîné derrière toi
Qui s'embrouille à chacun de tes pas

Incroyant
Tu en deviendrais presque aveugle
Sourd aux lumières
Aux murmures du vent
Tu te coucherais bien sous la meule
Sans y voir un destin
Sans y sentir notre parfum

Croyant
Tu aspires chaque goutte
Chaque grain
Le collier et le pain
Malgré la douleur
Tes doutes font un chemin 

Croix
Tu as compris
Il n'y a pas de question
De lignes dans tes mains
Seulement une lumière
À tenir, à veiller
À nourrir d'histoires et de liens

Seulement une lumière
Toi et moi
Nous le savons bien

Un lac reflétant
Le blanc du ciel
 
Encerclée
La page
Creuse et liquide
Glisse
À l'horizontal 
 
À la recherche d'un fond
J'enfonce mon être
Pénétrant des eaux opaques
Et sablonneuses
 
Une vase argileuse
Que je voudrais modeler
M'apprend
Le goût
De sa consistance
Je comprends
Du toucher
Son langage
 
Mon obstination est limon
La vase insondable
Au milieu de l'abîme
Fait de mon désir
Un enfouissement 
 
Ma barque survole
Un brouillon d'ailes
Troublés, des nuages
En vagues silencieuses
Ouvrent mon passage
 
À la surface
Je me laisse traverser
Sans rien à retenir
Ni empreinte à dessiner 
 
Une peau lourde
Que je voudrais revêtir
Se devine
Je touche le son
De son étendue
Je comprends à l'œil
Sa mélodie
 
Ma légèreté est élévation
Mon éphémère sillage
À travers la matière
Fait de ma vie
Une calligraphie

 

Embrouillonnée

Qu'il se déploie
Dans ton ciel
En toile épaisse
ou qu'il perfore
Ton sol
De galeries

Ton doute
Masque le réel
Déforme ton monde
Vrillant
Sa verticalité

Avec lui
Des filaments laiteux
De questions t'emmêlent
Et raccourcissent
Chacun de tes pas

Dans une brume lourde
Peu à peu
Tu cèdes
À ce regard intérieur
Qui fait mentir
Tes portraits pendus

Calcifiée

Tu perds ta souplesse
Et l'agilité
De ton armature osseuse
Tu craques
De toutes parts

Quand se pointe
À l'improviste
Une mort
Que tu pensais lointaine
Ou apprivoisée
Voilà que tu perds les eaux
Dans lesquelles tu nageais
Amplement

Qu'il te regarde ou t'ignore
Le visage du disparu
Te parle
Mieux qu'une horloge
À ses heures perdues
Mieux qu'un homme
Pendentif à ton cou

Ton doute
Par la peur qu'il t'inspire
Tient en tenaille
Chacune
De tes extrémités
Et te rend impressionnable
À l'encre noire des seiches

Tu écriras de cette fureur là
De ce que le doute
Aura terni ou révélé en toi

Embrouillonne toi encore
Ta vie est recroquevillée
Dans chaque boule de papier
Que ton poing a formé

Calcifie toi encore
Ton désir s'est ensemencé
Dans chaque aveu
Que tu as eu tort de croire
Préservé

Du doute


Un oiseau se pose
Après un long voyage
Riche de son vécu
Des paysages
Qu'il a traversé,
Qu'il a connu
 
Avant la pluie
Un oiseau dépose
Au creux d'un nid
Un peu de son naufrage
Ce qui l'a blessé
Ce qu'il a fui
Des visages aimés
Qui restent ses amis
Un peu des couleurs
De son plumage
Aussi
 
Dans une rose, l'oiseau
Fatigué, s'est endormi
Rêvant d'une trêve
D'une accalmie
Un peu de tendresse
Les bras du temps
Ce qu'il lui faut de soin
Ce qu'il lui faut de mots
Un rivage
 
S'arrimant à l'amour
Un oiseau ose
L'espoir, le dernier saut
Pouvoir replier ses ailes
Qu'on le transporte
À son tour
Retrouver les merveilles
D'une ronde tanière
Reposer son cri
 
Devenir un oiseau sage
Chanter
Libre et paisible
En oiseau sauvage

 

Tu ignores ton reflet
Dans celui que tu consoles
Que tu penses aider
Au secours de qui tu voles
 
Tu dis le pauvre quand même
Sans reconnaître ta pauvreté
Oubliant qu'en toi il sème
La beauté de son âme blessée 
 
Pourtant c'est votre commune essence
Et cette distance à laquelle tu tiens
Qui fait de l'amour cette évidence
La fraternité en nous est un chemin