Un oiseau se pose
Après un long voyage
Riche de son vécu
Des paysages
Qu'il a traversé,
Qu'il a connu
 
Avant la pluie
Un oiseau dépose
Au creux d'un nid
Un peu de son naufrage
Ce qui l'a blessé
Ce qu'il a fui
Des visages aimés
Qui restent ses amis
Un peu des couleurs
De son plumage
Aussi
 
Dans une rose, l'oiseau
Fatigué, s'est endormi
Rêvant d'une trêve
D'une accalmie
Un peu de tendresse
Les bras du temps
Ce qu'il lui faut de soin
Ce qu'il lui faut de mots
Un rivage
 
S'arrimant à l'amour
Un oiseau ose
L'espoir, le dernier saut
Pouvoir replier ses ailes
Qu'on le transporte
À son tour
Retrouver les merveilles
D'une ronde tanière
Reposer son cri
 
Devenir un oiseau sage
Chanter
Libre et paisible
En oiseau sauvage

 

Tu ignores ton reflet
Dans celui que tu consoles
Que tu penses aider
Au secours de qui tu voles
 
Tu dis le pauvre quand même
Sans reconnaître ta pauvreté
Oubliant qu'en toi il sème
La beauté de son âme blessée 
 
Pourtant c'est votre commune essence
Et cette distance à laquelle tu tiens
Qui fait de l'amour cette évidence
La fraternité en nous est un chemin
Ouvre ta main
Demain est un défi
Vertical

Ce qu'il faudra
d'humain
Pour tenir
Ensemble
Bancals
Ouvre ta porte
L'heure est un croisement
Connu

Ce qu'il faudra
De tendresse
Pour serrer
L'espérance
Nue

Ouvre ton cœur
L'océan est un ciel
Puissant

Ce qu'il faudra
De sagesse
Pour traverser
La folie
Vivants

Ma main
Dans la tienne
Nos corps
Indissociables
Forment
Les bords
Du Chemin

La violence
Perfore
Le monde

J'entends
Un poumon
Qui siffle 

Tout est devenu
Trop fort ou
Pas assez
Bien dit

Le fil ténu
Des courants
d'air
Éternue
En vents
Contraires
Je suis perdue

Je ne suis plus
Qu'une feuille vaillante
Reconnaissant l'automne
Et le repos de l'arbre
Qui me portait aux nues

Ma liberté est un papillon poudré
Des yeux qui se transportent
Mes rêves sont des sommes
De nuages fleuris

Je ne suis plus
Qu'une feuille vaillante
Reconnaissant sa chute
Au sol
Et dans l'ultime lutte
L'envol
De ma plume vacillante

Au soleil
L'inutile
La poésie
M'ont bâti
Creusant
Dans ma vie
De peu de sommeil
Un abri

Je regarderai
Démunie
Ce qui sera détruit
et qui sera c'est ainsi
Au printemps
Hurlant
Nouveau né
Frappé
D'amnésie 

En attendant
Je garderai l'inutilité
Je garderai la liberté
En poche
En retenue
Dans mes yeux volants
Qui ne mentiront pas
Je continuerai à croire
Aux ponts
Aux rires
Et aux longues pelures
De pommes
Défilant
Dans ta gorge nue

Et quand je serai
Moi même
écorcée
De mon désir
Quand je ne serai plus
Mes mots resteront là
Pour dire
L'inutile
La poésie
La liberté
L'amour
En fruit
Toi toujours tu voudrais croire
Ce monde que tu vis par le cœur
Force est pourtant de percevoir
Qu'il y a des jardins sans fleurs

Faut-il sortir te battre et débattre
Faire entendre ta raison d'être ?
Ou faut-il garder le feu dans l'âtre
Le veiller de ta joie champêtre ?

Se préparer à une chevauchée
Ta colère en étendard ?
Ou de tendresse tout épouser
Tout écouter, tout voir ?

Chacun fait selon sa gamme
Et l'univers joue sa partition
Le chant émouvant des âmes
Vibre du chaos jusqu'à l'unisson

Tout ce que l'on fige
En voulant le définir
Tout ce que l'on vide
En mots à remplir


Ça sert à quoi, dis-le moi ?


Alors qu'il s'agissait de la vie
Dans sa complexité ineffable
Alors qu'il s'agissait d'un merci
Tu as voulu tout poser sur la table 


Pourquoi ?


Tout ce que tu veux retenir
Rouages qui ne sont plus
Le sable a su le recouvrir
Aimés, nous avons vécu


Rien à trouver au fond de tes poches
Le butin reste la carte du mystère
Dans nos mains rien ne s'accroche
Lève les yeux, rêve et espère 


C'est ce qu'on lâche
En aimant aimer
C'est ce qu'on cache
En mots à donner


Qui serre entre nos bras
Ne le vois-tu pas ?

Regarder le ciel grand ouvert
Où pas une seule couche
Aucun sympathique nuage
Ne dit le malaise
Avoir pourtant en travers
De la gorge et en bouche
Le goût métallique de l'orage
Une odeur de braise

Croire pourtant
En nous
Même sans 

Près de toi
Être soir
Tenir droit

Sur le fil ténu
Danser
Nos corps nus

Et peser sur la terre de toutes nos merveilles
 
Dans la nuit
Les couleurs sont là
Dans le noir profond
Ne se révéleront qu'au jour
Elles sont elles
Sans bruit
Délestées de leur éclat
Jouant leurs partitions
Aux aveugles, aux sourds
L'ignorent-t-elles ?

La nuit gobe mon rouge aux lèvres
Éteignant derrière toi
Mes yeux ont perdu de leur fièvre
Pourtant c'est encore moi
Cette ombre sans contour
Ce visage creusé de tes mains
Ton départ est un détour
Mon cœur s'encre, fait le malin

Dans la nuit
Notre jour est là
À bas bruit
Ne l'oublions pas
Tu as peur
Tu préfères
Te retenir
Te protéger
Et si tout cela devait finir?
Briser ton cœur
Te blesser encore
 
Tu as peur
Tu préfères
T'abstenir
Ne pas te prononcer
Et si tout cela pouvait te nuire?
Te faire perdre pied
Anéantir tes efforts
 
Tu as peur
Tu préfères
Ne pas ouvrir
L'imaginer entrer
Et si tout cela menait au pire?
Violer ton intérieur
Finir par te dévorer
 
Tu as peur
Tu retiens,
T'abstiens
Et barricades
Toutes les arcanes de ton cœur
Ta vie est un réduit,
Le cagibi de la vraie vie
Et peu à peu
Tu meurs
Toutes les terreurs
Mangent ta folie
 
Et si tout cela avait une fin?
Une main amie
Un sourire d'enfant
Le bruit d'un moulin
Ta tendresse
Ton élan
Toi
Ta vie
Celle qui fait mal en dedans
Mais se rattrape en serrant
Le corps
D'un amant
 
Et si tout cela commençait demain?
Un regard complice
Le cri d'une mouette
Le désir d'une flaque
Tes pieds dedans
Ton rire
Toi
Ta vie
Celle qui fait mal en dedans
Mais se rattrape en serrant
L'espoir
Simplement


Rêvant
par dessus nos rêves d'hier
Nous aimons du même feu
D'un même regard
L'éternelle source
De tous nos enchantements
Des errances
Qui nous sont nécessaires 


Et l'on se prête au jeu
Parfois douloureusement
D'écrire en filigrane
Notre visage changeant 


Nous sommes tour à tour
Les maîtres et les élèves
Apprenant par le coeur
L'instant
Et le toujours renoncement


Et l'on se voudrait transparent
Derrière nos inutiles efforts
À tenter sans y parvenir
De cacher ce qui nous rend
Misérables et vivants


Rien ne nous protège
Et pourtant
Nous jetons nos corps
À la benne, à la mer
Dans les bras de nos enseignants


Reste nos bouées
À mots perdus
À mots flottants